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Portrait
dun Thérondelois à Paris
: Roger
Tafanel
Un grand-père bougnat
Même sil uvre avec ses deux fils au Comptoir dIssy,
grande brasserie dIssy-les-Moulineaux, Roger Tafanel est un
vrai Thérondelois.
Jamais, il noublie son Nigressere natal. Cest un troisième
génération.
Son grand-père, Jean-Léon, cadet dune fratrie
de neuf enfants avait filé à Paris suivre la filière
bougnat. Sur le tard, il était revenu au pays prendre une
ferme, croyant son fils le père de Roger- décédé
pendant la guerre.
En fait, celui-ci, prisonnier à Berlin avait été
déporté par les soldats russes,
et ne sera finalement libéré quen 1946. On imagine
la surprise du grand-père au retour du fils.
Les
Tafanel, père et fils, devant leur Comptoir dIssy.
Une brasserie vivante avec une déco refaite et qui réunit
toutes les catégories de population, jeunes vieux, Français
de souche ou non. Bref, une brasserie républicaine qui respire
la vue.
Le bistrot comme unique horizon
«Limmigration ne date pas dhier. Dans la Carladez,
les fermes ont toujours trop petites pour quon puisse les
exploiter à plusieurs. Dans les années 1830, les hommes
prenaient la route dEspagne, faire les vendanges et la coupe
des arbres en automne et en hiver. Cétait avant que
le phylloxera ne frappe les vignobles espagnols et ne pousse les
hommes à regarder vers Paris. »
Roger est encore représentatif dune génération
qui navait bien souvent comme porte de sortie que le troquet
de Paris. «Je voulais être vétérinaire,
mais quand mon père est mort quand jétais en
terminale. Ma mère ma fait comprendre que je navais
dautres choix que de laider au bistrot à Paris.»
Roger a ensuite volé de ses propres ailes en reprenant une
affaire avenue des Ternes dabord en gérance avant de
la racheter. Voilà trois ans quil est à la tête
de cette affaire brasserie dIssy-les-Moulineaux.
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Le
banquet aligot sous le tilleul de Nigressere. Aujourd'hui, grâce
à l'autoroute, Paris n'est plus qu'à cinq heures de
voiture. Ce qui permet aux expatriés de retrouver leurs cousins
du Pays, même le temps d'un long week-end.
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Les
Thérondelois de Paris,
Roger est comme son grand-père, Jean-Léon. Il espère
bien revenir finir ses jours au pays dans sa ferme. «Jusquà
ma génération, cela a toujours été lobjectif
de tous les immigrés du village. Cest ce qui explique
dailleurs, quil ny a rien à vendre au pays
et que le prix de la terre dépasse celui de la Beauce. »
Et puis, il y a lamicale de Thérondels (l'amicale des
enfants du canton de Mur de Barrez et du Carladez). «Longtemps,
je lai déserté, et finalement jy reviens
me réchauffer le cur. Je fais partie du bureau.»
Aujourdhui, chez les jeunes générations, les aller-retours
sont plus fréquents entre Pays et Paris. Comme en témoigne
Yvan, lun des deux fils de Roger :
« Dès que nous pouvons nous retournons à Thérondels.
Cest le paradis pour ma fille.» Avec lautoroute
les nouvelles règles sociales les choses ont bien changé
depuis le début du siècle où les Thérondelois
ne descendaient au pays au mieux quune fois par an. De même,
les jalousies des gars du pays à lencontre des Parisiens
nexistent plus, sans doute là encore du fait de luniformisation
des règles de vie
. Le petit Thérondelois, fils dagriculteur joue à
sa console Nintendo tout comme son cousin parisien. Roger, lui, se
souvient avoir entendu de drôles de rengaines quand il revenait
au pays : «Parigot champagne
cul bourré de paille,
Allumette au cul,
Parigot foutu»
Losmose
avec le village
«Il y a quinze ans, le village était atrophié.
Pendant longtemps jai cru que le village allait mourir mais
depuis sept ou huit ans, on sent une sorte de résurrection.
Elle est due aussi à la politique de rénovation des
maires.
Et puis jai vu des Parisiennes retourner se marier avec des
hommes du pays et des enfants qui naissent. Nous avons créé
une association à Nigressere pour sauver le four qui était
menacé par un projet délargissement de la route.
Cela a enclenché une mécanique. Lassociation a
financé les bancs de léglise et ainsi de suite
et puis on sest mis à faire des banquets (photo ci-contre).
Tout le village sy est mis, on sest retrouvé à
280 convives sous le tilleul ... ».
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