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Témoin
du siècle
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Ernest Verdier
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Ernest
Verdier vit dans le hameau de Pervilhergues qui domine le lac de
Sarrans.
Même dans un coin -a priori reculé- comme Thérondels,
le terrible XXème siècle na pas été
avare en bouleversements pour les Thérondelois. Ernest Verdier,
jeune patriarche de 92 ans, peut en témoigner. Sa vie est
un roman et il a commencé à écrire ses mémoires.
Entretien réalisé le 30 septembre 2002.
La vie paysanne
Evidemment, Ernest se souvient des scènes de la vie paysanne
rouergate qui faisait la vie de Thérondels. A commencer bien
sûr par les foires qui avaient lieu chaque mois sur la grande
place. «Mais cest surtout, la grande foire aux bestiaux
de novembre qui était réputée. Bien des paysans
des environs laissaient passer celle de Mur-de-Barrez qui avait
lieu le 18 novembre pour ne pas rater celle de Thérondels
deux jours plus tard.
Les éleveurs des environs préféraient toujours
y mener leurs bêtes car il fallait les vendre coûte
que coûte car impossible de les garder lhiver. Or les
clients venaient de très loin du Gard, de lArdèche
pour acheter les broutards à la foire de Thérondels.
La plupart des bêtes étaient des Aubrac. Il y avait
très peu de salers à l époque. Et ce
jour là entre les tilleuls de la grande place, cétait
un sacré bazar, entre les bêtes non attachées
et leurs maîtres. Certains acheteurs se mettaient à
plusieurs et redescendaient 150 veaux dun coup. Tous les cafés
étaient pleins à craquer».
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Lémigration
vers Paris
«Jusquen 1900, les fermes étaient très
peuplées puis les hommes ont commencé à émigrer.
Jai des oncles qui ont fait Paris, ils ont vite gagné
de largent mais en travaillant sans arrêt. Et quand
ils revenaient le principal pour eux, cétait dacheter
une ferme. Jen connaissais un de 25 ans, arrivé de
Paris sans connaître une vache et un taureau. Il avait repris
une ferme en héritage. Au début, il a fait comme les
autres, quand il les voyait semer, il semait. En fait, il était
très malin. Ensuite, ils se sont mis à plusieurs pour
acheter une moissonneuse-batteuse. »
Les barrages
Dans les années trente, les compagnies délectricité
ont bâti des gigantesques barrages dans le Nord-Aveyron pour
capter lénergie des rivières fougueuses déboulant
du massif central vers le Lot. En 1934, on édifia le plus
grand des barrages de la Truyère, celui de Sarrans. «On
en parlait déjà avant la guerre de 14. Ils nous ont
noyé deux hectares, pour 1600 francs dindemnité.
Cétait pas cher payé. Mais beaucoup de maisons
ont été noyées à lépoque,
la compagnie délectricité soccupait alors
de les reloger ailleurs.
Cétait lingénieur (M.Drogo) qui avait
choisi ce coin de Sarrans car il y avait de chaque côté
des rochers où le barrage pouvait sencastrer.
Avec la construction du barrage de Sarrans, il y a eu dans le pays
des étrangers venus de tous les pays. Sur la route de Sainte-Geneviève,
il y avait un camp où logeaient trois mille ouvriers. Avec
mon beau-frère, nous démarchions les cantines pour
vendre le cantal que lon pressait dans le buron. Le marchand
de vin descendait chaque jour au chantier huit barriques de vin.
Après lachèvement, du barrage nous avons eu
deux Serbes à la ferme qui nous ont aidé à
construire la grange. Ils savaient travailler.
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La
Guerre
«Je me suis marié en 1938, jai repris la ferme
en 1939, à lépoque nous avions vingt-cinq vaches.
Et paf, je suis parti à la guerre. Comme jétais
chez les Zouaves (photo ci-dessous), jétais bon pour
le casse-pipe. En 40, nous étions à Sedan à
creuser des tranchées pour des officiers qui croyaient quon
allait refaire là guerre de 14. Les chars allemands ont débarqué.
Le régiment a été écrasé. On
a passé quinze jours complètement perdu dans les bois
sans officiers. Puis, jai été blessé
au pied et finalement jai été fait prisonnier
par les chars...
Jai été envoyé en Autriche. Le stalag
où jétais, avait servi de camp à interner
les juifs autrichiens dès 1938. Ils ont tous disparu. Pendant
un an jai dabord crevé littéralement de
faim. Nous coupions du bois entre Prague et Vienne avec des hivers
à 35°. Tellement froid que personne nétait
malade, il ny avait jamais un rhume. On cherchait désespérément
des chiffons pour senrouler autour des pieds. Ensuite, je
suis parti dans une scierie, dirigé par un patron autrichien
démobilisé. Il nétait pas du parti. Avec
lui, tous les jours, nous mangions 400 grammes de pain par jour
jusquau dernier jour alors que les civils allemands navaient
droit quà une seule tranche.
Vers la fin de la guerre les matins pendant trois mois, je voyais
des flottes de bombardiers américains venus dItalie
aller bombarder lAllemagne. Les paysans autrichiens disaient
gut, gut. Car tous les Autrichiens nétaient pas pour
les nazis.
Quand jai vu les soldats Russes, ils avaient de ces têtes.
Pas un sourire. Cétait une armée de choc.
Quand je suis revenu, ma femme ma dit : « tu sais je
ne tai pas mangé de largent mais je ne ten
ai pas gagné. Pour faire tourner la ferme, il fallait quelle
embauche des gars.
Elle est morte quand javais 83 ans. Je me suis senti seul.
Alors ça mest venu dun coup de raconter des anecdotes.»
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